La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films - Aphorismes du cinéma


Est-ce qu'un artisan qui construit des tables se
demande chaque jour ce qu'est une table?

Gérard Brach (1927-2006)
( scénariste de "Le vieil homme et l'enfant" de Claude Berri, 76,
adapte le roman de Thomas Hardy "Tess d'Uberville" en 78, signe
le scénario de "La Guerre du feu" de Jean-Jacques Annaud en 81,
écrivant la même année "Identification d'une femme" pour Antonioni, sans
oublier qu'il était le scénariste attitré de Roman Polanski)

Quand une bombe éclate dans un cinéma, c'est une surprise. Quand quelqu'un téléphone au directeur qu'une bombe va éclater dans son cinéma, c'est du suspense.

Demander à un homme qui raconte des histoires de tenir compte de la vraisemblance me paraît aussi ridicule que de demander à un peintre figuratif de représenter les choses avec exactitude.

Alfred Hitchcock (cinéaste)

L'art est une lutte obscure et difficile, la vie est une lutte obscure
et difficile, le cinéma, une lutte obscure et difficile.

Pascal Bonitzer
(scénariste, entre autres, de "La bande des quatre" de Jacques Rivette
en 88, "Les innocents" de André Téchiné en 87, puis réalisateur)

Ecrire un scénario, c'est comme faire le lit de quelqu'un, et puis l'autre arrive, saute dedans, et vous n'avez plus qu'à rentrer chez vous.
Billy Wilder (scénariste)

Le principe est toujours le même: le spectateur pressent le pire... les méfiants ou les cyniques diront plutôt qu'il espère le pire.
Yves Lavandier in "La dramaturgie" (Enseignant, scénariste, Editions "Le Clown et l'enfant" 1994)

Pour moi, le film noir est le spectacle des pires aspects de la nature humaine, et c'est cela qui m'attire : le pire. J'aime quand le mal se loge à l'intérieur des personnages.

Je ne crois pas que les genres disparaissent. Simplement, la manière de les aborder change.

Tout petit déjà, j'étais un fabulador, j'aimais raconter des histoires que tout le monde connaissait, mais à ma manière. J'allais au cinéma avec mes sœurs, et en rentrant je leur re-racontais tout le film. Elles préféraient toujours ma version à celle qu'elles avaient vue. Quand je me suis mis à faire des films, j'ai continué à raconter ce qui me tenait à cœur, et j'ai fait les films que j'avais envie de faire. Avec la même générosité. Sans calculer mes émotions. Simplement, j'ai été, de film en film, plus ou moins inspiré.
Pedro Almodovar (cinéaste)

Il y a deux sortes de metteurs en scène : ceux qui tiennent compte du public en concevant puis en réalisant leurs films, et ceux qui n'en tiennent pas compte. Pour les premiers, le cinéma est un art du spectacle, pour les seconds une aventure individuelle. Il n'y a pas à préférer ceux-ci ou ceux-là, c'est ainsi.
François Truffaut (cinéaste)

Truffaut est mon père, Godard est mon oncle et Henri Langlois mon grand-père.
Jean-Pierre Léaud (comédien)

J'ai toujours eu l'impression, et lui-même l'a dit, que François racontait autant de choses sur lui dans ses adaptations que dans ses scénarios originaux. Etre protégé par un livre permet de dire des choses plus personnelles, j'ai même envie de dire indécentes.
Suzanne Schiffman (scénariste)

Le cinéma arrête le texte, frappe de mort sa descendance : l' imaginaire.
C'est là sa vertu même : de fermer. D'arrêter l'imaginaire.
Cet arrêt, cette fermeture s'appelle : film.
Bon ou mauvais, sublime ou exécrable, le film représente cet arrêt définitif. La fixation de la représentation une fois pour toutes et pour toujours.
Le cinéma le sait : il n'a jamais pu remplacer le texte.
Marguerite Duras (Textes de présentation, Le Camion, Editions de Minuit, 1977)

Seule une personne dont le Moi a appris à puiser dans l'énergie du Ca pour réaliser ses desseins constructifs peut charger ce Moi de contrôler et de civiliser les penchants destructifs du Ca.
Bruno Bettelheim (psychanalyste)

Il est aussi absurde de regretter le passé que d'organiser l'avenir.
Roman Polanski

Les hommes ne cessent de fabriquer une ombrelle qui les abrite, sur le dessous de laquelle ils tracent un firmament et écrivent leurs conventions, leurs opinions ; mais le poète, l'artiste pratique une fente dans l'ombrelle, il déchire même le firmament, pour faire passer un peu de chaos libre et venteux et cadrer dans une brusque lumière une vision qui apparaît à travers la fente...
Gilles Deleuze (dans "Qu'est-ce que la Philosophie ?", Ed de Minuit. 1991)

L'homme est dans le monde comme dans une situation optique et sonore pure. La réaction dont l'homme est dépossédé ne peut être remplacée que par la croyance. Seule la croyance au monde peut relier l'homme à ce qu'il voit et entend. Il faut que le cinéma filme, non pas le monde, mais la croyance à ce monde, notre seul lien. On s'est souvent interrogé sur la nature de l'illusion cinématographique. Nous redonner croyance au monde, tel est le pouvoir du cinéma moderne (quand il cesse d'être mauvais).
Gilles Deleuze ( "L'image-temps". 1985)

On ne prend pas assez au sérieux la pensée des cinéastes. Parce que on sait bien qu’elle ne vaut rien indépendamment du contexte, du contexte cinématographique de leur œuvre, si on l’extrait du contexte de leur œuvre, ça ne vaut plus rien. Mais c’est comme ça pour tout le monde. Si vous extrayez la pensée d’un philosophe du contexte philosophique de son œuvre, mais je vous assure ce sont des platitudes, par définition, par définition. Même Renoir c’est un grand penseur si vous considérez le contexte de son œuvre. Il a pas simplement quelque chose à montrer, il a vraiment quelque chose à dire.
Gilles Deleuze ("Cinéma et pensée" Cours 2725s)

Dans notre rapport aux choses, tel qu'il est constitué par la voie de la vision et ordonné dans la figure de la représentation, quelque chose glisse, passe, se transmet d'étage en étage, pour y être toujours à quelque degré éludé. C'est ça qui s'appelle regard.
Jacques Lacan (Le séminaire, Livre XI, Seuil, 1973)

Ce qu’on est incapable de changer, il faut au moins le décrire.

Rainer Werner Fassbinder (cinéaste)

A partir du moment où les gens ne participent pas de l'équilibre officiel, ils ont tendance à m'intéresser. Car ils inquiètent ceux qui m'inquiètent, ceux qui ont digéré l'extrême monotonie de leur existence.


Le vice détruit, abâtardit. Comme dit Saint Basile, le mal n'est pas une entité, mais la négation du bien. Dit à ma façon, ce serait : Le bien, c'est la matière, le mal, ce sont les trous. Il faut les deux pour faire l'éponge. Alors que le vice, c'est ce qui bousille l'éponge !
Claude Chabrol (cinéaste, le 4 juillet 2006, questions-réponses avec le public du Max Linder)

J’ai toujours eu de la méfiance - pour moi, pas pour les autres - vis-à-vis des films où la dynamique dramatique se réduit à l’opposition du Bien et du Mal. Ça me rend assez sceptique, sauf s’il s’agit de dire qu’en réalité, il n’y a pas de différence. Si c’est ça, la conclusion, alors c’est intéressant. Le principe de l’opposition simplifie complètement la fiction, il permet de créer des rebondissements... Si on l’enlève, c’est beaucoup plus dur.

Enfant, je sentais qu’on allait vers quelque chose ; c’était aborder un rivage : on va aborder quelque chose, et ce qui est une petite ligne va se rapprocher de plus en plus et devenir un sol solide. Souvent j’ai l’impression que les films se passent comme ça. À un moment c’est juste une petite ligne très loin, et le travail de scénario et de tournage consiste à essayer de comprendre comment on aborde, comment mettre le pied.

Ici-bas. C’est une des expressions que je préfère. Je crois que tous les films pour moi pourraient s’appeler « Ici-bas ». Vivre, c’est ça. C’est cette matière qui fait la vie de chaque jour qu’on transcende en vivant, en aimant...

Claire Denis (cinéaste, extraits d'un entretien réalisé par Jean-Philippe Renouard & Lise Wajeman en hiver 2001 pour Vacarme)

Le désir féminin est peu montré au cinéma qui est une expression masculine. La femme en état de désir n'y est jamais montrée seule. L'homme surgit toujours, réél ou représenté. C'est un univers entier à découvrir.
Agnès Varda (cinéaste)

La dernière fois que j'ai pénétré une femme, c'était en visitant la Statue de la Liberté.

Il n'y a que deux choses qu'on peut contrôler dans la vie. L'art et la masturbation...

Quand j’ai été kidnappé, mes parents ont tout de suite agit : ils ont loué ma chambre.

La vie n’imite pas l’art, elle imite la mauvaise télévision.
Woody Allen (cinéaste - acteur)

Seule l'Amérique a pu montrer des visages d'innocents ("La Mort aux Trousses d'Hitchcock avec Gary Grant en 1959): Quelqu'un qui est moins malin que le scénario quand le film commence, et qui va refaire son retard devant nous, sans avoir honte d'être un citoyen comme nous: citoyen par statut et non parce que c'est un rôle, sur la tête de qui il tombe un certain nombre de tuiles. C'est assez loin du cinéma français qui est un cinéma de petits malins, où l'essentiel est que la figure du monstre sacré ait de l'avance et la garde.
Serge Daney (auteur, cinéphile, ancien rédacteur en chef des Cahiers du Cinéma)

Il y a beaucoup d'États-Unis, il n'y a pas que ceux du Nord.
Éloge de l'Amour

A un journaliste qui lui lance lors d'une remise de médaille: Alors Godard, vous qui êtes un auteur marginal..., Godard répond: La marge, c'est ce qui tient les pages ensemble.

Le cinéma substitue à notre regard un monde qui s'accorde à nos désirs.
(ouverture du Mépris, d'après une phrase d'André Bazin).

Notre époque est à la recherche d'une question perdue, comme fatiguée par toutes les bonnes réponses.
(dans "Hélas pour moi")

Il arrive que la réalité soit trop complexe pour la transmission orale.
(Alphaville)

Si tu souris, c'est pour mieux m'envahir.
(Alphaville)
Jean-Luc Godard
(cinéaste)

Pourquoi, si quelqu'un est en train de rêver, ne pourrais-je pas voir ce qu'il rêve? Pourquoi est-ce que je ne peux pas entrer dans son rêve et le modifier? C'est une contrainte ennuyeuse. Au cinéma, je peux l'abolir.
Luis Bunuel (cinéaste)

Je trouve que la télévision est très favorable à la culture. Chaque fois que quelqu'un l'allume chez moi, je vais dans la pièce à côté et je lis.
Groucho Marx (cinéaste, acteur)

Il est bon de lire entre les lignes, cela fatigue moins les yeux.
Sacha Guitry (homme de lettres)

Ce n'est pas la charrue qui pousse les boeufs.
proverbe campagnard

Il faut suivre sa pente, mais en la montant.
Jean Cocteau (poète, cinéaste, dessinateur, peintre, dramaturge...)

L'avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt, c'est une connerie. Prenez les éboueurs...
Jean Yanne (comédien, cinéaste)

Pour voir loin, il faut regarder de près.
Pierre Dac (humoriste)

Si on t'avait foutu à la lourde chaque fois que t'as fait des conneries, t'aurais passé ta vie dehors.

Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît.

Je ne parle pas aux cons, ça les instruit.

Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot. C'est dire si dans ma vie j'ai entendu des conneries.

Les relations, c'est pas des gilets pare-balles (dit par J.P Belmondo dans Flic ou voyou)

Pour séduire l'administration faut tuer. Mais tuer qui? Parce que ça paraît facile comme cela... Mais quand on est célibataire... (J.Gabin dans Archimède Le Clochard)
Michel Audiard (dialoguiste)

L'ambition, c'est la richesse des pauvres.

Les choses ne se disent pas. La parole, c'est la petite vague au-dessus; mais les profondeurs, ça ne se voit pas.

Les mots qui ont un son noble contiennent toujours de belles images.

Marcel Pagnol (homme de lettres)

Je ne sais pas pourquoi je continue à faire des films. Mais je pense que le cinéma est un outil formidable que Dieu a donné aux humains pour qu’ils puissent enfin se regarder.
Tsaï Ming-liang
(cinéaste)

Aucun cinéaste digne de ce nom, conscient de ses responsabilités envers le public, ne saurait accepter de s'évader longtemps de la réalité. Il doit accepter le défi du monde contemporain.

Satyajit Ray
(cinéaste)

Pour moi, filmer, c'est fabriquer quelque chose à monter.

Akira Kurosawa (cinéaste)

Si vous hésitez, faites un western.
John Ford (cinéaste)

Le monde se divise en deux catégories, ceux qui tiennent un pistolet chargé, et ceux qui creusent.
Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand (acteur - réalisateur)

Il y a un dicton napolitain qui dit "Il n'y a pas d'enterrement sans éclat de rire".
Dino Risi (cinéaste)

C'est à peu près pareil pour tout le monde: les parents, je te fous à l'école, j'ai rencontré Titine, je lui ai mis la main dans le slip... Après, il y a ce qu'on voit, les gens qu'on rencontre, l'érosion... Finalement on ne raconte que des blessures.

Le fameux combat de la sexualité et de l'érotisme, c'est que la femme veut toujours mettre un homme dans son lit, et que l'homme veut toujours se lever pour aller jouer.

J'ai gardé la voix de mon père sur une cassette, c'est autre chose... Mais j'ai quelques images de films de mes parents. Si je les projette ça me laisse froid. Tandis que si je repense à eux, là il y a une émotion, évidemment de moins en moins, le temps tue tous les jours. L'oubli c'est la vraie mort... Il n'y a pas d'émotion au cinéma.

Je ne vais pas faillir à ma réputation. Si vous ne m'aimez pas, sachez que moi non plus je ne vous aime pas. (40ème Festival de Cannes, 1987, réaction à Palme d'or reçue pour "Sous le soleil de Satan")
Maurice Pialat (cinéaste - acteur)

"Pourquoi toujours courir, quêter, chercher ? Pourquoi ne pas s'installer dans un coin comme ici et attendre que le bonheur vienne de lui-même ? "
Cyril Collard (Écrivain-cinéaste, dans L'ange sauvage, publication posthume, 1993)

On a parfois dit, à tort, que mon cinéma était machiste. Si avant Zatoichi les femmes apparaissent peu dans mes films, c'est justement que je les aime beaucoup. Je suis si timide qu'il m'a fallu tout ce temps afin de les inclure dans mes histoires. Peut-être que ce sont ceux qui font des films avec des personnages principaux féminins qui les détestent !

Ce qui m'intéresse, c'est la façon dont les acteurs se comportent, leur personnalité, qui me plaît ou pas. Pour moi, la qualité de leur jeu n'est pas un critère de choix : s'ils jouent mal, il suffit de bouger la caméra et de les filmer de dos.

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais dans mes films, les personnages ne changent pratiquement jamais de costumes : c'est pour avoir plus de liberté au montage.
Takeshi Kitano (humoriste - cinéaste - acteur...)

Ce n'est pas la réalité qui compte dans un film, mais ce que l'imagination peut en faire.

La connaissance de l'homme est à la base de tout succès.

Je donne six mois au parlant. Au maximum une année. Après, ce sera terminé.

Tout ce qu'il faut pour faire une comédie c'est un parc, un policier et une jolie fille.

Charlie Chaplin
(cinéaste - acteur)

La tragédie, c'est lorsqu'on se coupe le doigt. La comédie, c'est quand on tombe dans une bouche d'égout ouverte et que l'on meurt.
Mel Brooks
(cinéaste)

Vous savez, une actrice s'aime rarement... sur ce profil, j'ai changé. Parfois, j'en viens à le préférer au droit. Quand j'étais adolescente, j'aurais aimé avoir les joues creuses. Et maintenant, ces rondeurs que je détestais, que ce profil incarnait, parfois je les regrette. Il ne faut pas se raconter de salades: une actrice a plus peur de vieillir que les autres. Elle est un miroir du temps qui passe.
Isabelle Huppert
(dans "Libération", interview par Philippe Lançon - 10 Avril 1997)

Une carrière, c'est fabuleux, sauf qu'on ne peut pas s'enrouler dedans quand il fait froid la nuit.
Marilyn Monroe (comédienne)

Tous les deux ans, je m'arrête de travailler quelque temps. Comme ça, je suis toujours la nouvelle pute du bordel...
Robert Mitchum (comédien)

Les films appartiennent plus aux acteurs qu'on ne le croit. (Extrait du magazine Ciné Live - Février 2002)

Le cinéma ne me faisait pas rêver. Je n'ai été épatée que par des rencontres.
Catherine Deneuve (comédienne)

Je suis comme Claudel, je ne crois pas au hasard, je crois aux rencontres.
Audrey Tautou (comédienne)

E. Lubitsch en faisait plus avec une porte fermée que la plupart des réalisateurs avec une braguette ouverte.
Billy Wilder

Je vous invente, mais je vous invente telle que vous êtes.
Robert Bresson

Quand tu manges, tu as peur de crever avec la vache folle, quand tu baises, tu crains le sida.
Maintenant, quand tu fais du cinéma, c’est pareil, tu crèves de peur que ça marche pas à cause des gros monopoles qui t’assomment.
Jean-Pierre Mocky

Chacun garde une partie cachée. Celle que l'on montre, c'est celle du théâtre. Car nous faisons tous du théâtre, il n'y a pas que les comédiens… Quelqu'un disait "Tout le monde est comédien, sauf quelques acteurs…" Nous jouons tous, et ne montrons que ce que nous voulons bien montrer. Ce que nous sommes, c'est autre chose que nous n'apercevons parfois que sur le tard.

J'allais rentrer chez moi quand quelqu'un me rencontre dans la rue et brusquement s'exclame " … C'est vous ? …C'est vous ?". Il ne comprenait pas, il avait vu ça sur les écrans, il croyait que c'était immatériel… "Vous en chair et en os ?". Il appelle son épouse: "Viens voir, viens voir ! Oh…C'est vous ?". Les petits sont venus me demander des autographes, je les ai embrassés. Et puis je suis monté chez moi, j'étais en bas de ma maison, je sonne, et ma femme me dit "C'est à cette heure-ci que tu rentres ?".
Michel Galabru

Alain Delon : "Ca fait sept minutes et demie que vous lisez votre scénario et il n’y a pas encore l’ombre d’un dialogue. Cela me suffit. Je fais ce film. Comment s’appelle-t-il ?" Jean-Pierre Melville lui répond : "Le Samouraï".

Le point commun entre tous les hommes que j'ai aimés ? Moi !
Jeanne Moreau

Il ne faut pas donner au comédien un rôle où il est soi, mais lui donner le goût et la possibilité d'être quelqu'un d'autre.
Robert Bober


Nous avons tous trois visages. Le premier est celui avec lequel vous êtes né, celui que l’on voit dans le miroir chaque matin, un peu de maman dans vos yeux bleus, les joues roses et les lèvres minces de papa, ou peut-être, comme moi, une mâchoire de travers héritée d'un ancêtre que seul un faux généalogiste pourrait identifier. Votre second visage est celui que vous développez grâce à votre personnalité, votre inventivité et votre sensibilité, celui que les gens identifient comme étant "vous", riant aux blagues, abattu quand les choses vont mal, grisé par la passion et le succès, froid quand la confusion et la peur s'installent, charmant quand la séduction fait partie de votre plan de bataille.
Puis il y a votre troisième visage. Personne ne peut le voir. Il se dérobera toujours au miroir, restera invisible aux yeux de vos parents, de vos amantes ou de vos amis. C’est le visage que personne ne connait sauf vous. C'est votre vrai vous. Toujours dans le secret de vos peurs les plus profondes, de vos espoirs et de vos désirs, votre troisième visage ne peut pas mentir et vous ne pouvez pas lui mentir. Je l’appelle la maitresse de mon esprit, le gardien de mes
utopies secrètes, de mes déceptions les plus amères et de mes visions les plus nobles.

Samuel Fuller ("A third face")

 

 




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