La vie des films - Actualité du cinéma

La vie des films : Agua Fria de Paz Fábrega

Agua Fria de Paz Fábrega

Titre original : Agua Fria de Mar
Année de production : 2009 - Date de sortie cinéma : 23 mars 2011
Long-métrage Costaricain. Genre : Drame psychologique
Durée : 01h23min

Écrit et réalisé par Paz Fábrega

Interprètes :
Montserrat Fernández : Karina
Lil Quesada Morúa : Mariana
Luis Carlos Bogantes : Rodrigo
Gerardo Chavarria : Gilberth
Annette Villalobos : Rosaura
Jorge Alejandro Mora : Kelvin
Luis Felipe Bone: Pablo
Jaleel Espinoza : Roger

Directeur de la photographie María Secco
Monteuse Nathalie Alonso Casale
1er assistant réalisateur Jonathan Hernandez
Directeur de production Felipe Cordero
Bruiteur Miguel Barbosa
Ingénieur du son Séverin Favriau
Mixage Carlos Garcia
Monteuse son Deborah Stauffer
Assistant opérateur Zunbeltz Cuevas
Chef machiniste Gilberth Valerio Machiniste Roberto Valerio
Monteur son Adan Acosta
Ingénieur du son Fernando Soldevila
1er assistant réalisateur Jonathan Hernandez

Production : Temporal Films (Costa Rica) - Les Films du Requin (France) - Tic Tac Producciones (Espagne) - Pimienta Films (Mexique) - Isabella Films (Hollande)

Distributeur France : Floris Films
Exportation/Ventes internationales : Films Boutique
Attaché de presse : François Vila

Tiger Award du meilleur film au Festival International du Film 2010 de Rotterdam
Prix de la fiction au Festival International du Film d’Environnement 2010 de Paris
Prix du Meilleur Film au Discovering Latin America 2010 à Londres
Prix spécial du Jury au Festival de Cine de Lima 2010

Agua Fria

Le silence parle...

Pourquoi quand les films sont bons, ils nous évoquent d'autres oeuvres, souvent des livres ? Peut-être car ce qui a le pouvoir de déclencher ce que l'on appelle une sensation nous ramène simplement à d'autres, à une sorte de communauté de textures, à un bain qui accompagne nos vies. Agua Fria, qui signifie, on l'aura sans doute compris, Eau Froide, puisque c'est bien de bain qu'il s'agit, fait penser à Dix heures et demie du soir en été, roman initiatique de Marguerite Duras paru en 1960 et qui fut adapté au cinéma en 1966 par Jules Dassin.

Parce que c'est la perception d'une femme, de ce qu'elle est, et de où se terre son âme, à partir de son regard capté par une apparition humaine. Dans le roman de Duras, un criminel en cavale, dans le film de Paz Fábrega, une petite fille en fugue. Deux êtres fragilisés par leur isolement, mis en marge par une menace (le cinéma est, on l'a appris, le lieu de la menace), et donc réduits à leurs ombres, que la lumière d'un regard éclaire le temps de descendre en lui-même. Car c'est ce chemin intérieur que suit Agua Fria. Mariana n'est pas heureuse dans son couple, elle attend toujours Rodrigo, ce mari très occupé par une vente de terrain familial costaricien à un investisseur américain. Les voici donc dans un hôtel tenu par un étranger qui jouxte indolence tropicale et cupidité. La voici donc dans cette sieste humide et imposée qui tout à coup apparaît être tout bonnement sa vie.

Poursuivie par une mère étouffante qui lui téléphone sans cesse et qu'elle évite suite au conseil de Rodrigo qui, lui, pourtant, est sous la coupe d'un père auquel il reproche un manque de rigueur et qu'il rappelle sans cesse, bel homme aux yeux creux pestant contre la difficulté de connexion (un bébé qui rage contre le cordon coupé), Mariana ne dit rien, ne fait rien, si ce n'est tenter de dêmeler le vrai du faux du discours de Karina.

Karina c'est la petite fille étrange qui a croisé leur route la nuit de leur arrivée, dans un bosquet de ce bord de mer magnifique (une grande part de la beauté iconique de ce premier long métrage) et qui le matin a disparu, tel l'oiseau de nuit... Sur le destin de Karina pèse le doute d'un rapport incestueux. Alors sa fièvre que sa mère attribue à un manque de sommeil, alors la chute de Mariana dans un trou creusé par des enfants curieux et cocasses, alors ces nombreux serpents qui sifflent sur leurs têtes parce que le rivage les voient échouer par dizaines, telle une invasion symbolisant le danger sexuel, alors ce promoteur aux propos démagogiques et les copains du couple qui plongent dans la piscine à grand bruit, tout autant consensuels - quand on veut vendre il faut alimenter les conversations de banalités sans risques - tout trace un éveil tardif et dont on ne connaîtra pas les conséquences (la force de cette construction est de donner les indices sans prétendre aux résolutions - le silence parle), en un montage où en parallèle se débat la petite fille traçant des lignes dans le sable et Mariana remontant le temps, peut-être, de son destin de femme soumise.

Agua Fria est loin d'être un film froid. Il permet de découvrir un pays où les films sont rares. Celui-ci est d'une rare beauté, d'une grande rigueur. Comme le roman de Marguerite Duras il ouvre avec intelligence un espace. C'est son dire, son sang, son coeur, l'espace d'un questionnement.

Michel MARX


Agua Fria Bande-annonce 1 par toutlecine 

 



 

 

 

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