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La vie des films : Les Amants de Caracas de Lorenzo Vigas

Les Amants de Caracas de Lorenzo Vigas

 

Les Amants de CaracasOn voit rarement en France des films vénézuéliens : la crise socio-économique qui touche le pays depuis des années ne nous facilite pas de toute façon une compréhension aisée de cette nation.

La sortie le 4 mai des Amants de Caracas ouvre donc une fenêtre sur un monde devenu opaque.

C'est le premier long-métrage de fiction pour Lorenzo Vigas, né à Merida en 1967, fils d'un des plus célèbres peintres du pays, Oswaldo Vigas, mort en 2014. Lorenzo Vigas a réalisé des documentaires et ses courts métrages traitaient déjà de la relation au père abusif, sujet profond de ces Amants de Caracas, même s'il n'apparaît pas directement. Premier long-métrage, et pourtant Lion d'Or à Venise en 2015, à la grande surprise du réalisateur, qui a dit combien il était perplexe quand les organisateurs du festival lui ont demandé d'être présent à la cérémonie de clôture.

Bellocchio, Gitai, Sokourov, Egoyan, Skolimowski : ses concurrents étaient plutôt intimidants… Le film commence de façon assez banale avec un quinquagénaire draguant dans la rue des petits voyous qu'il ramène chez lui. Mais tout est surprenant dans ce film, qui ne tombe dans aucun des clichés qu'on pourrait attendre. La complexité des relations montrées sur l'écran, l'imprévisibilité des développements narratifs, jusqu'à la dernière minute, justifient largement cette reconnaissance vénitienne.

L'ombre de la relation père-fils, reste mystérieuse et fonde pourtant la la situation du personnage principal. Le comédien qui le joue, Alfredo Castro, est chilien, et donc légèrement décalé dans cet univers. Son attitude toujours distante, en retrait, inexpliquée, donne une force supplémentaire au récit. S'ajoute à cela une manière sombre dans la peinture des rues de Caracas, ville sinistrée par la misère et la violence. Caracas est filmée sans filtre, sans artifice, par une équipe immergée dans ce bouillonnement urbain.

Surprises, mystères, complexité, brutalité et sensibilité à fleur de peau : un grand film.

René Marx

 


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